CHAMPIONNATS D’EUROPE EN SALLE Pour l'athlétisme suisse, les championnats d'Europe en salle représentent la plus belle opportunité de briller à l'échelon continental. ATHLE.ch VINTAGE retrace l'épopée des athlètes suisses au cours de cette compétition créée au milieu des années '60. La trente-sixième édition des championnats d'Europe en salle s'est disputée du 4 au 7 mars 2021 à l'Arena de Torun.

À la base, 24 athlètes avaient été sélectionnés par Swiss Athletics pour ce premier grand rendez-vous international de la saison 2021. Blessé à une cheville, le sauteur en hauteur Loïc Gasch (US Yverdon) a très vite annoncé son forfait, tandis que Salome Lang (Old Boys Basel) a eu la joie d’être repêchée par European Athletics dans cette même discipline. Enfin à trois jours de l’ouverture de cette compétition, le sprinter Silvan Wicki (BTV Aarau) a été contraint de jeter l’éponge car sa blessure au genou, contractée il y a dix jours lors de championnats suisses indoor, ne s’est pas suffisamment résorbée. Ils sont donc 23 à rejoindre la Pologne, après un long voyage et de nombreux barrages liés aux protocoles sanitaires à franchir et à respecter coûte que coûte.

La poisse pour Annik Kälin
La première apparition helvétique à l’Arena de Torun se déroule le vendredi 5 mars sur les coups de dix heures avec le 60 m haies du pentathlon d’Annik Kälin (AJ TV Landquart). La Grisonne est de toute évidence fort déterminée pour briller dans l’une de ses deux disciplines de parade. Malgré une réaction moyenne, sa mise en action est superbe et on la voit ensuite foncer vers la victoire, tout en touchant assez fort le dernier obstacle avec son genou droit. Finalement deuxième de cette course, son chrono de 8″23 est un poil décevant par rapport à ses prestations de Macolin ; mais il est suffisant pour pointer au deuxième rang provisoire de ce pentathlon. Malheureusement une heure plus tard, on apprend que son accroc sur la dernière haie provenait d’une forte douleur au dos réveillée sur l’obstacle précédent et qui l’a finalement contrainte à renoncer au saut en hauteur. Abandon qui suscite évidemment une très grande frustration dans le camp suisse.

Les Suisses reçus 2 sur 5 lors des séries du 400 m
Les séries du 400 m voient cinq coureurs suisses en lice sur l’anneau bleu de Torun. Chez les hommes, on retrouve dans la troisième série Charles Devantay (SA Bulle). Le champion suisse part vite, mais c’est également le cas de ses adversaires. Il passe en cinquième position aux 200 mètres, puis après quelques frottements il se décale au couloir 2 pour espérer avoir une piste libre. Comme à Macolin, son excellent finish lui permet de remonter à la quatrième place en 47″77. Déçu de sa prestation et de son 33e rang, le Fribourgeois a pu constater que cette première participation internationale était bien plus compliquée à aborder qu’une simple compétition nationale. Dans la septième série, Filippo Moggi (LC Zürich) part relativement prudemment et passe à mi-course à la quatrième place. Il perd un rang dans le second tour de piste et termine en 47″85, soit la 35e place finale. Enfin dans la neuvième série, Ricky Petrucciani (LC Zürich) se montre très à son affaire en lançant idéalement sa course en deuxième position et il parvint à maintenir sa belle allure en s’accrochant au Néerlandais Liemarvin Bonevacia, pour finir en 46″76. Ce chrono très solide représente un nouveau record suisse U23 indoor et surtout une place pour les demi-finales avec la 6e performance de ces séries. Chez les femmes, Silke Lemmens (LC Zürich) est comme ses homologues masculins une rookie dans cette compétition. Jamais dans la lutte, la Zurichoise termine sa course à plus d’une seconde de son record en 54″48 et se classe 35e. Un peu plus tard, on peut voir l’athlète helvétique du jour : Lea Sprunger (COVA Nyon) est non seulement la tenante du titre européen, mais c’est également le jour de son 31e anniversaire. Très expérimentée, la Vaudoise gère fort bien sa course et termine deuxième de sa série en 52″25, à trois centièmes seulement de sa meilleure performance de la saison. Cette qualification pour les demi-finales avec le 4e chrono est fort réjouissante ; mais attention aux Néerlandaises et aux Polonaises qui n’ont couru ces séries qu’à mi-gaz !

Selina Rutz-Büchel et Lore Hoffmann à l’aise en séries du 800 m
Sur 800 m, l’équipe suisse présente un trio de choc avec Selina Rutz-Büchel (KTV Bütschwil, double championne d’Europe indoor), Lore Hoffmann (ATHLE.ch, double championne suisse en plein air et en salle), ainsi que Delia Sclabas (Gerbersport, championne d’Europe U20). Cette dernière, qui court dans la première série, a fort à faire face à une concurrence de bon niveau. Elle dispute toute la course en queue de peloton et elle termine vingt-neuvième de ce 800 m en 2’07″04. Dans la deuxième série, Selina Rutz-Büchel doit elle aussi lutter fermement, mais son expérience lui permet de se replacer dans le dernier tour et d’assurer, pour trois centièmes, son ticket pour les demi-finales en 2’05″62. Dans la quatrième série, Lore Hoffmann part comme d’habitude derrière et contrôle bien la manœuvre. Elle passe aux 400 mètres en quatrième position, puis elle se place idéalement derrière la Britannique Ellie Baker à la cloche. Les deux athlètes caracolent en tête et se qualifient de belle manière, Lore étant créditée de 2’06″35. La surprise vient juste derrière avec le retour de la Belge Vanessa Scaunet, qui réussit à sortir la Norvégienne Hedda Hynne, la grande favorite de l’épreuve ! Le paysage se dégage favorablement pour les deux Suissesses, qui auront forcément une belle carte à jouer lors des demi-finales de samedi en début de soirée.

Ricky Petrucciani proche tout proche de la finale
Après une pause, la session du soir débute avec les demi-finales du 400 m. Chez les hommes, Ricky Petrucciani est très autoritaire au moment de se rabattre aux 200 m, ce qui le place en deuxième position. Il tient admirablement son rang, mais c’était sans compter le retour du Suédois Carl Bengtström qui le coiffe au poteau et le prive d’une finale pour cinq centièmes. Le Tessinois a vraiment été excellent dans cette course avec encore une fois un record suisse U23 indoor en 46″72. Chez les femmes, Lea Sprunger a lancé toutes ses forces et tout son cœur dans sa demi-finale, mais cela n’a pas suffi pour se frayer un chemin en direction de la finale. À la lutte avec la Lituanienne Modesta Morauskaite, elle a trop longtemps couru au deuxième couloir et elle doit se contenter d’un chrono de 52″64 qui lui donne la dixième place finale de ce 400 m.
Enfin les qualifications du saut en hauteur des femmes achèvent ce premier jour de compétition pour l’équipe suisse. Après un saut de réglage à 1,76 m, Salome Lang franchit 1,82 m au premier essai, puis 1,87 m au troisième. Dans le money time du concours à 1,91 m, elle manque malheureusement ses trois tentatives et elle termine ainsi au quinzième rang.

Simon Ehammer mène le bal dans l’heptathlon
Le décathlonien Simon Ehammer (TV Teufen) fait partie de cette nouvelle génération qui n’a peur de rien et qui fonce tout droit vers les sommets, en croyant en sa bonne étoile. La première épreuve de l’heptathlon permet à l’Appenzellois de marquer son territoire de manière on ne peut plus nette avec une victoire dans le 60 m en 6″75. D’entrée de jeu, Ehammer se retrouve en tête de cet heptathlon avec 40 points d’avance sur le Français Kevin Mayer et 69 sur le Néerlandais Rik Taam. Il enchaîne de la meilleure des façons au saut en longueur avec un troisième essai de grande classe mesuré à 7,89 m. Ce magnifique record personnel indoor lui permet d’augmenter son avance avec désormais 146 points sur Kevin Mayer et 151 sur l’Italien Dario Dester ! La lutte s’intensifie lors de la troisième épreuve avec Simon Ehammer qui réussit à lancer son poids à 14,75 m, ce qui lui assure un nombre de points très satisfaisant. Son total de 2’780 points est toujours celui qui le voit dominer le classement provisoire ; mais grâce à ses 16,32 m, Kevin Mayer revient très fort avec un retard désormais de 49 points. Ce début d’heptathlon est vraiment énorme et pour situer la prestation du jeune Appenzellois, il faut savoir qu’il possède également une avance de 65 points sur son record suisse réalisé il y a trois semaines à Francfort. La pause de l’après-midi lui donnera l’occasion de se recharger ses batteries avant le saut en hauteur programmé en début de soirée.

Les centièmes boudent les sprinters suisses
En parlant précédemment de chance, celle-ci ne s’est pas franchement manifestée lors des séries du 60 m des hommes. Déjà privée de son champion suisse Silvan Wicki, l’équipe suisse a dû constater à l’issue des neuf séries éliminatoires que ses sprinters n’ont effectivement pas eu les centièmes en leur faveur. En effet Pascal Mancini (FSG Estavayer) en 6″73 et William Jeff Reais (LC Zürich) en 6″74 sont malheureusement éliminés pour un et deux misérables centièmes. Le cruel verdict du chrono les classe à la 27e et 28e places.

La barre était trop haute pour Jonas Raess sur 3000 m
Il n’est pas vraiment question de chance dans les séries du 3000 m, mais plutôt de densité et de haut niveau. Dans la première série, Jonas Raess (LC Regensdorf) s’accroche du mieux qu’il peut et sa course courageuse le fait terminer en 6e position en 7’57″37. La barre était trop haute pour lui avec une qualification pour la finale manquée de plus de neuf secondes.

Ditaji Kambundji et Noemi Zbären foncent en demi-finales du 60 m haies
Le 60 m haies est une discipline en plein boom en Suisse, ceci sous l’impulsion de la jeune Ditaji Kambundji (ST Bern). La petite sœur de Mujinga détient les trois meilleurs chronos européens chez les U20 cet hiver et elle est déterminée pour aller chercher mieux que ses 8″10 déjà très performants. Nerveuse avant sa course, le Bernoise lâche tout dès le coup de pistolet du starter. Ses enchaînements sont toniques et donnent une impression de vitesse évidente. Sur le plat, après la dernière haie – dans une portion de course où elle est souvent moins à l’aise – la jeune hurdleuse parvient à assurer la deuxième place en 8″05. Elle se qualifie avec panache pour les demi-finales en battant son record suisse U20 indoor de cinq centièmes et surtout en établissant la troisième performance suisse de tous les temps derrière les 7″95 de Julie Baumann (LC Zürich) en 1992 et les 8″00 de Lisa Urech (LK Langnau) en 2010. Dans la dernière série, on retrouve également Noemi Zbären (LK Langnau). Stimulée par l’avènement de sa jeune rivale cantonale, l’Emmentaloise réalise un retour très intéressant cet hiver et on était curieux de découvrir ce qu’elle pourrait réaliser à Torun. Son départ est certes moyen, mais on la voit enchaîner correctement les trois premières haies, puis effectuer une fin de parcours vraiment épatante pour obtenir elle aussi son ticket pour les demi-finales grâce à sa deuxième place en 8″20. On retrouvera les deux Bernoises avec grand plaisir dimanche en début d’après-midi. La troisième hurdleuse helvétique, Selina von Jackowski (Old Boys Basel), a quant à elle manqué de vitesse entre les obstacles et elle doit se contenter d’un chrono de 8″36.

Exploit pour Brahian Peña et poisse pour Finley Gaio sur 60 m haies
Les haies ont été montées à 106,7 cm par les organisateurs et on a droit maintenant à cinq séries pour les hommes. Dans la première course, Brahian Peña (GG Bern) signe un très bel exploit en se qualifiant pour les demi-finales avec son meilleur chrono de la saison en 7″82. Son compère Finley Gaio (SC Liestal) aurait pu le rejoindre avec ses bons 7″86 réalisés dans l’ultime série. Hélas, pour deux petits millièmes, il se voit être le premier non-qualifié face à l’Ukrainien Bohdan Chornomaz.

Lore Hoffmann exécute son plan de course à la perfection
La session du samedi soir promet à l’athlétisme suisse de vivre quelques moments intenses grâce à quatre de ses meilleurs atouts, parfaitement mis en scène sous les projecteurs de la Torun Arena. Tout s’enchaîne très vite avec d’abord la première demi-finale du 800 m de Lore Hoffmann (ATHLE.ch). La force tranquille de l’équipe suisse démarre très lentement pour flâner volontairement en queue de peloton. Elle se replace ensuite sans efforts apparents en quatrième position à la mi-course, puis elle passe aux choses sérieuses avec une nouvelle accélération, plus franche, qui lui permet de prendre la deuxième place aux 600 mètres, juste derrière la Britannique Keely Hodgkinson qui semble elle aussi bien en jambe. La Valaisanne est désormais dans un fauteuil pour obtenir l’une des deux places qualificatives pour la finale, mais elle doit encore faire attention au retour dans les derniers mètres de la grande Allemande Christina Hering. Lore repousse facilement cette attaque et termine brillante deuxième en 2’03″58, sans avoir vraiment puisé dans ses réserves. C’est important car dimanche soir en finale, face à trois Britanniques et deux Polonaises, l’aspect physique sera aussi déterminant que la tactique. Avec six coureuses séparées par 47 centièmes seulement à l’issue de ces demi-finales, la lutte pour le titre européen du 800 m féminin s’annonce plus chaude que jamais. En citant les nationalités des finalistes, on a bien compris que Selina Rutz-Büchel (KTV Bütschwil) n’a pas réussi d’exploit dans la deuxième demi-finale. La Saint-Galloise avait décidé de prendre la tête et de mener le plus longtemps possible. Elle a bien réussi dans cette entreprise, mais au moment de l’emballage final, à 150 m de l’arrivée, elle se fait passer facilement par ses cinq adversaires et elle termine loin, en 2’07″47. Ses problèmes d’asthme ne lui auront bien sûr pas permis de défendre ses chances idéalement; espérons qu’elle pourra retrouver la pleine santé pour les compétitions de cet été.

Simon Ehammer marque le pas au saut en hauteur
L’heptathlon reprend également en début de soirée avec le saut en hauteur, où Simon Ehammer se présente en magnifique leader de ce concours multiple. L’Appenzellois débute sagement à 1,86 m, mais à 1,92 m il doit s’y reprendre à deux fois, tout comme à 1,95 m. Il discute longuement avec son entraîneur Karl Wyler car il y a apparemment quelque chose qui ne tourne pas rond ; cette impression se confirme malheureusement à 1,98 m, avec trois échecs et de nombreux points qui s’envolent. Simon Ehammer vire finalement en deuxième position à l’issue de cette première journée avec 3’538 points. Il possède désormais 33 points de retard sur Kevin Mayer (3’571 points), mais conserve un avantage d’un peu plus de 100 points sur un trio menaçant formé de l’Espagnol Jorge Urena (3’424 points), de l’Allemand Andreas Bechmann (3’419 points) et du Polonais Pawel Wiesiolek (3’407 points). Un éventuel podium, dimanche, passera par un 60 m haies de feu, un saut à la perche maîtrisé et un 1000 m animé d’abnégation et de pugnacité. Bonne nuit, Simon !

Le chef d’œuvre d’Angelica Moser
Le saut à la perche des femmes donne l’occasion de vibrer pour la fin de la soirée avec le concours d’Angelica Moser (LC Zürich). Au vu des forces en présence, on pense que la Britannique Holly Bradshaw et la Bélarusse Iryna Zhuk sont au-dessus du lot et que la lutte pour la place restante sur le podium se jouera à priori face à la Slovène Tina Sutej ou à la Grecque Eleni-Klaoudia Polak. C’est exactement ce qui se produit, puisqu’on retrouve le duo Bradshaw et Zhuk en tête après avoir passé 4,65 m au premier essai. Derrière, Sutej passe également au deuxième essai, tout comme Polak au troisième. Moser, qui avait réussi un saut impressionnant à 4,55 m, a dû s’y reprendre à trois reprises pour franchir 4,60 m et pour se retrouver à ce moment-là au pied du podium. Mais la Zurichoise est une bête de championnat et elle le prouve en franchissant elle aussi ces 4,65 m à son troisième essai. Le concours est absolument fantastique avec la présence de cinq sauteuses face à une barre désormais placée à 4,70 m. Tina Sutej – le poids plume de Ljubljana – est la première à franchir cette latte, en la tutoyant de tout son corps ; elle prend ainsi une sérieuse option sur le titre. C’est au tour maintenant d’Angelica Moser. Sa course d’élan est tout à coup plus rapide, limpide, fluide et elle aussi passe allégrement cette hauteur ! Derrière, certainement prises de panique, les trois favorites perdent leurs fondamentaux et encaissent trois échecs retentissants. Il ne reste plus que Sutej et Moser en course pour l’or à 4,75 m, avec un avantage à la Slovène. Cette dernière manque sa première tentative, ce qui donne une opportunité inouïe à la Suissesse de faire un break, sans aucun doute décisif. Elle se concentre longuement et s’élance de manière déterminée, mais doit stopper net sa course d’élan car un caméraman est en train de traverser la piste avec son gros matériel. Incroyable, le gars s’excuse à peine… Bravo à Angelica, qui garde son calme et se remet rapidement dans sa pleine concentration. Ce premier essai ne passe finalement pas, mais on a pu déceler un potentiel certain. Sutej manque encore une fois ces 4,75 m, ce qui donne une nouvelle balle de match à Moser. Comme à 4,70 m, la course d’élan est de nouveau super rapide, ce qui permet un appel efficace qui propulse la Suissesse dans les airs de la Torun Arena. Le retourné est parfait et l’esquive de la latte est tout simplement magistrale : Angelica Moser vient de passer 4,75 m ! Folle de joie sur le tapis de réception, la Zurichoise n’en revient pas de ce coup de maître. La bataille est presque gagnée, mais il faut attendre l’ultime essai de la Slovène, qui a demandé qu’on place la barre à 4,80 m. Sa tentative ne passe de loin pas et Angelica Moser peut maintenant savourer ces doux instants qui la voient savourer un titre de championne d’Europe !

Il s’agit là du douzième titre décroché par un ou une athlète suisse dans cette compétition. Meta Antenen avait ouvert la voie en 1974 à Göteborg avec un record suisse du saut en longueur. Markus Ryffel avait enchaîné avec deux victoires sur 3000 m en 1978 à Milan et en 1979 à Vienne, avant que les deux sauteurs Roland Dalhäuser et Rolf Bernhard ne remportent la hauteur et la longueur en 1981 à Grenoble. Ensuite trois athlètes du ST Bern avaient conquis l’or : Peter Wirz sur 1500 m en 1984 à Göteborg, Werner Günthör au poids en 1986 à Madrid et Sandra Gasser sur 1500 m en 1987 à Liévin. Après une disette de 28 ans, Selina Büchel avait gagné coup sur coup le 800 m en 2015 à Prague et en 2017 à Belgrade, alors que Lea Sprunger avait conquis le toit de l’Europe sur 400 m en 2019 à Glasgow. Tout ça pour dire que l’exploit d’Angelica est absolument grandiose et que son nom dans cette belle liste d’athlètes fait tout sauf tache. Ce succès récompense un formidable talent qui a gagné toutes les compétitions internationales chez les jeunes : le F.O.J.E. à Utrecht en 2013, les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Nanjing en 2014, les championnats d’Europe U20 à Eskilstuna en 2015, les championnats du monde U20 à Bydgoszcz en 2016, ainsi que les les championnats d’Europe U23 à Bydgoszcz en 2017 et à Gävle en 2019. Née le 9 octobre 1997, Angelica Moser détient tous les records suisses U18, U20 et U23. Avec ses 4,66 m réussis l’an dernier lors des championnats suisses à Bâle, elle se dirigeait vers les performances de Nicole Büchler, la recordwoman suisse (4,78 m en plein air et 4,80 m en salle). On dirait bien que la jonction, voire la passation du pouvoir, va se produire très bientôt.

Le feu et la glace pour Simon Ehammer
La première épreuve de la seconde journée de l’heptathlon de Simon Ehammer (TV Teufen) est l’un de ses points forts. Placé à l’intérieur au couloir 3, Simon fait pratiquement jeu égal face à Kevin Mayer sur ce 60 m haies. Bien parti, le Suisse touche ensuite les obstacles #2, 3 et 4, mais il termine très fort en 7″82, à quatre centièmes du Français, et deux de son record. Si l’Espagnol Jorge Ureña reste au contact avec 7″87, derrière le trou est fait. Au classement, Mayer mène maintenant avec 43 points d’avance sur Ehammer et avec 170 points sur Ureña. On avait imaginé un 60 m haies de feu et on l’a eu. On avait ensuite espéré un saut à la perche maîtrisé ; mais au lieu de cela, on a droit à une grosse catastrophe. En effet le jeune Suisse manque ses trois tentatives à 4,50 m, sa barre initiale. Zéro qui enterre en quelques minutes les espoirs de médaille de l’Appenzellois. Cette mésaventure s’était déjà produite lors des championnats suisses il y a un mois à Macolin, lorsqu’il avait débuté à 4,70 m. Là, c’est à 4,50 m que cela se produit et ça devient fort gênant car lors de son record au décathlon en août 2020 à Langenthal, on était pas passé loin non plus de la correctionnelle. Le champion d’Europe U20 va de toute façon se remettre assidument au travail et, c’est certain, on le reverra très fort dès le printemps.

De belles prestations pour les sprinteuses
Retour sur la piste pour les séries du 60 m qui voient nos compatriotes être reçues 3 sur 3. Salomé Kora (LC Brühl St.Gallen) termine troisième de la première série en 7″32, Riccarda Dietsche (KTV Altstätten) se classe quatrième de la troisième série en 7″33 et Ajla Del Ponte (US Ascona), très facile, remporte la quatrième série en 7″26. Deux heures plus tard, ce même trio a rendez-vous pour les demi-finales. Dans la première course, Salomé Kora manque la qualification à la place pour un millième face à l’Allemande Jennifer Montag. Ses 7″27 ne suffisent pas non plus pour passer au temps puisqu’il lui manque finalement un tout petit centième. Elle termine ces championnats au neuvième rang. Dans la deuxième demi-finale, Ajla Del Ponte est impressionnante de facilité. Elle remporte la course tout en contrôle en 7″19, ce qui représente le meilleur chrono à ce stade de la compétition. Enfin dans la troisième et dernière demi-finale, Riccarda Dietsche engage sa pleine vitesse et réussit un chrono de 7″32, qui la classe quinzième de ce 60 m.

Les coureurs de haies s’arrêtent en demi-finales
Sur 60 m haies, on en est également à disputer les demi-finales. Chez les hommes, Brahian Peña (GG Bern) ne réussit pas à prendre part à la lutte pour une place en finale. Avec ses 7″87, il se classe vingt-deuxième. Chez les femmes, Noemi Zbären (LK Langnau) réalise un bon départ, puis elle se bat férocement pour terminer sixième en 8″15. Son classement final dans cet Euro indoor est la dix-neuvième place. Enfin dans la troisième demi-finale, Ditaji Kambundji (ST Bern) réalise la meilleure mise en action et fonce vers une probable super performance. Hélas la jeune Bernoise accroche légèrement la dernière haie, ce qui l’empêche de bien conclure sa course. Elle termine cinquième en 8″07, ce qui la classe à un bon et prometteur onzième rang.

Les regrets de Lore Hoffmann
On en arrive déjà à l’ultime soirée de ces championnats d’Europe en salle. Pour ce bouquet final, la délégation suisse n’aura d’yeux que pour les prestations de ses deux dernières représentantes. Opposée à trois Britanniques et à deux Polonaises, Lore Hoffmann (ATHLE.ch) a évidemment fort à faire dans sa finale sa 800 m. Son début de course ne change pas de ses habitudes : elle se place en queue de peloton. Devant, on retrouve le duo Keely Hodgkinson et Joanna Jozwik, puis un autre formé d’Ellie Baker et d’Angelika Cichocka ; Isabelle Boffey suit et donc Lore Hoffmann qui s’économise derrière. Le tempo n’est pas rapide du tout puisqu’on passe en plus d’une minute et cinq secondes à la mi-course. On sent bien que le rythme va s’accélérer tôt ou tard et Lore ferait bien de passer Boffey, qui n’a pas l’air au mieux dans cette finale. C’est chose faite aux 500 mètres, mais entretemps les quatre concurrentes de tête ont franchement accéléré. Il s’est ainsi créé un espace que Lore doit absolument combler si elle entend jouer le podium dans le dernier tour. La Valaisanne suit le tempo du quatuor, mais ce gap subit depuis la mi-course n’est en fait jamais comblé. Lore donne toute la puissance de sa foulée dans les derniers mètres et revient encore un peu, mais il est trop tard. Déçue de s’être laissée endormir derrière la troisième Britannique, Lore Hoffmann n’a pu faire mieux que la cinquième place en 2’04″84, la victoire revenant à la favorite Britannique Keely Hodgkinson en 2’03″88, devant les deux Polonaises Joanna Jozwik et Angelika Cichocka en 2’04″00 et en 2’04″15, alors qu’Ellie Baker est boutée hors du podium en 2’04″40. Ce dénouement est vraiment frustrant car la Suissesse avait les jambes pour réaliser quelque chose de grandiose et finalement elle n’a jamais eu la possibilité de se retrouver au cœur de la bagarre et d’avoir une chance de décrocher un éventuel podium. Cette première finale en grand championnat va pourtant être fort instructive pour cette talentueuse athlète qui, en fin de compte, a pu découvrir plus que jamais l’étendue de ses moyens. Le prochain objectif pour elle est simple : les Jeux olympiques de Tokyo.

Ajla Del Ponte, une éblouissante championne d’Europe sur le toit du monde !
Il est 18h46 et les huit finalistes du 60 m féminin calent leurs pieds dans les starting-blocks. Le camp helvétique est focalisé sur le couloir 4 occupé par Ajla Del Ponte. Incroyable d’aisance lors de sa série et de sa demi-finale, la Tessinoise n’a plus qu’à conclure ce qu’elle a soigneusement mis en place ces derniers mois avec Laurent Meuwly du côté de Papendal. On y est et la tension est plus que palpable ; mais au fond, pourquoi douter ? Le starter libère les lionnes et c’est sans aucun doute Ajla qui montre les griffes les plus acérées. Elle a poussé longtemps et tellement fort qu’elle se retrouve sur une trajectoire jamais vue, au point de la voir s’échapper loin devant les autres. Sa foulée fait merveille dans le dernier décamètre et, sans trop se casser sur la ligne, elle exulte d’avoir triomphé. Au vu de l’écart qui a été creusé par la Suissesse, le coup d’œil vers le chrono promet un exploit de taille. Et ça ne trompe pas : 7″03 ! Oui, Ajla Del Ponte devient championne d’Europe en 7″03, un chrono de folie qui lui permet d’égaler le record suisse indoor de Mujinga Kambundji (ST Bern) et de signer ni plus ni moins que la meilleure performance mondiale de l’année ! Si la victoire d’Ajla était relativement facile à pronostiquer, la performance réalisée par la Tessinoise est absolument bluffante. Avec une telle prestation sur 60 m, on se demande bien quel chrono elle va nous concocter cet été avec un peu de vent favorable, par exemple du côté de Bulle, ou mieux, du côté de Tokyo…

Les perspectives sont en fait énormes, mais on ne va pas aller trop vite en besogne. Pour l’instant il est de bon ton de savourer ce fantastique titre européen, le treizième réussi par l’athlétisme suisse dans cette compétition et surtout le cinquième d’une Suissesse lors de ces quatre dernières éditions. Ajla rejoint donc un clan de moins en moins fermé, celui des championnes d’Europe indoor, qui est composé de Meta Antenen, de Sandra Gasser, de Selina Büchel, de Lea Sprunger, mais aussi depuis hier, d’Angelica Moser. Six athlètes, six grands noms, qui résonneront certainement très longtemps dans la merveilleuse Histoire de l’athlétisme suisse.

Une édition 2021 qui figure dans le top-5 de athlétisme suisse
À l’heure du bilan de ces championnats d’Europe en salle de Torun, on peut sans aucun doute placer cette cuvée 2021 dans le top-5 des meilleures réussites helvétiques au cours des quarante éditions de cette compétition. On ne boude pas notre plaisir d’avoir eu à relater un très grand nombre d’exploits, même si pour certains on aurait forcément imaginé mieux. L’athlétisme est bercé par la glorieuse incertitude du sport et c’est finalement ça qu’on aime au cours d’une telle compétition : observer, analyser, admirer, vibrer, féliciter et, parfois, réconforter. Bref, on est plus que jamais impatient de découvrir ce que l’athlétisme suisse va nous offrir lors de ces prochaines années.

PAB

Résultats

Hommes

60 m : 27. Pascal Mancini (FSG Estavayer) 6″73 en séries
28. William Jeff Reais (LC Zürich) 6″74 en séries
400 m : 7. Ricky Petrucciani (LC Zürich) 46″76 (record suisse U23 indoor) en séries et
46″72 (record suisse U23 indoor) en demi-finales
33. Charles Devantay (SA Bulle) 47″77 en séries
35. Filippo Moggi (LC Zürich) 47″85 en séries
3000 m : 21. Jonas Raess (LC Regensdorf) 7’57″37 en séries
60 m haies : 22. Brahian Peña (GG Bern) 7″82 en séries et 7″87 en demi-finales
25. Finley Gaio (SC Liestal) 7″86 en séries
Heptathlon : Simon Ehammer (TV Teufen) 6″75 – 7,89 m – 14,75 m – 1,95 m | 7″82 – 0,00 m


Femmes

60 m : 1. Ajla Del Ponte (US Ascona) 7″03 (record suisse indoor égalé) / 7″26 en séries et
7″19 en demi-finales
9. Salomé Kora (LC Brühl St.Gallen) 7″32 en séries et 7″27 en demi-finales
15. Riccarda Dietsche (KTV Altstätten) 7″33 en séries et 7″32 en demi-finales
400 m : 10. Lea Sprunger (COVA Nyon) 52″25 en séries et 52″64 en demi-finales
35. Silke Lemmens (LC Zürich) 54″48 en séries
800 m : 5. Lore Hoffmann (ATHLE.ch) 2’04″84 / 2’06″35 en séries et 2’03″58 en demi-finales
17. Selina Rutz-Büchel (KTV Bütschwil) 2’05″62 en séries et 2’07″47 en demi-finales
29. Delia Sclabas (Gerbersport) 2’07″04 en séries
60 m haies : 11. Ditaji Kambundji (ST Bern) 8″05 (record suisse U20 indoor) en séries et 8″07 en
demi-finales
19. Noemi Zbären (SK Langnau) 8″20 en séries et 8″15 en demi-finales
40. Selina von Jackowski (Old Boys Basel) 8″36 en séries
Hauteur : 15. Salome Lang (Old Boys Basel) 1,87 m
Perche : 1. Angelica Moser (LC Zürich) 4,75 m
Pentathlon : Annik Kälin (AJ TV Landquart) 8″23

 

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Championnats d'Europe en salle

CompétitionPériodeThème / LieuSitePDF
Championnats d'Europe en salle1966-2021Preview
1er Jeux Européens en salle1966Dortmund
2ème Jeux Européens en salle1967Prague
3ème Jeux Européens en salle1968Madrid
4ème Jeux Européens en salle1969Belgrade
1er Championnats d'Europe en salle1970Vienne
2ème Championnats d'Europe en salle1971Sofia
3ème Championnats d'Europe en salle1972Grenoble
4ème Championnats d'Europe en salle1973Rotterdam
5ème Championnats d'Europe en salle1974Göteborg
6ème Championnats d'Europe en salle1975Katowice
7ème Championnats d'Europe en salle1976Munich
8ème Championnats d'Europe en salle1977San Sebastian
9ème Championnats d'Europe en salle1978Milan
10ème Championnats d'Europe en salle1979Vienne
11ème Championnats d'Europe en salle1980Sindelfingen
12ème Championnats d'Europe en salle1981Grenoble
13ème Championnats d'Europe en salle1982Milan
14ème Championnats d'Europe en salle1983Budapest
15ème Championnats d'Europe en salle1984Göteborg
16ème Championnats d'Europe en salle1985Le Pirée
17ème Championnats d'Europe en salle1986Madrid
18ème Championnats d'Europe en salle1987Liévin
19ème Championnats d'Europe en salle1988Budapest
20ème Championnats d'Europe en salle1989La Haye
21ème Championnats d'Europe en salle1990Glasgow
22ème Championnats d'Europe en salle1992Gênes
23ème Championnats d'Europe en salle1994Paris
24ème Championnats d'Europe en salle1996Stockholm
25ème Championnats d'Europe en salle1998Valence
26ème Championnats d'Europe en salle2000Gand
27ème Championnats d'Europe en salle2002Vienne
28ème Championnats d'Europe en salle2005Madrid
29ème Championnats d'Europe en salle2007Birmingham
30ème Championnats d'Europe en salle2009Turin
31ème Championnats d'Europe en salle2011Paris
32ème Championnats d'Europe en salle2013Göteborg
33ème Championnats d'Europe en salle2015Prague
34ème Championnats d'Europe en salle2017Belgrade
35ème Championnats d'Europe en salle2019Glasgow
36ème Championnats d'Europe en salle2021Torun
Championnats d'Europe en salle1966-2021Statistiques
Championnats d'Europe en salle1966-1981Highlights
Championnats d'Europe en salle1982-1998Highlights
Championnats d'Europe en salle2000-2019Highlights

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