ATHLE.ch VINTAGE | BIOGRAPHIE WERNER GÜNTHÖR / EPISODE 11 | Au début des années '80, un jeune lanceur du TV Uttwil nommé Werner Günthör décide de quitter le Bodensee pour s'entraîner à Macolin, où il est pris en charge par Jean-Pierre Egger. C'est le début d'une fantastique histoire qui va conduire le Thurgovien au firmament du lancer du poids mondial. ATHLE.ch VINTAGE propose de revivre la carrière exceptionnelle du chercheur d'or le plus prolifique de l'Histoire de l'athlétisme suisse. Le onzième des vingt épisodes de cette biographie est consacré à la saison 1987 en plein air d'un Werner Günthör qui enchaîne les exploits.

Au vu de leur programme respectif, selon toute vraisemblance, les deux meilleurs lanceurs de poids actuels, le champion d’Europe Werner Günthör et le champion du monde en salle Ulf Timmermann, ne s’affronteront pas cette saison avant les championnats du monde de Rome. Tant le Suisse que l’Allemand de l’Est ne prendront part qu’à très peu de compétitions d’ici là, afin de concentrer leurs efforts sur la préparation des Mondiaux. Outre les Allemands de l’Est ou Smirnov, Werner doit désormais faire face à un rival supplémentaire : l’Américain John Brenner qui remporte le 26 avril le concours de Walnut avec un jet de 22,52 m. L’Américain réussit ainsi la troisième performance mondiale de tous les temps derrière les 22,64 m du record du monde d’Udo Beyer et les 22,62 m d’Ulf Timmerman. De plus, le 16 mai à San Giovanni Valdarno, on assiste au retour assez inattendu de l’Italien Alessandro Andrei, qui lance en Toscane à 22,17 m. Voilà de quoi donner à cette discipline une intensité rarement atteinte et un suspense exceptionnel.
Werner Günthör se rend du 28 avril au 9 mai en camp d’entraînement à Tirrenia. À son retour, une bonne nouvelle tombe le 21 mai : Jean-Pierre Egger, 44 ans, entraîneur national des lanceurs et principal artisan des succès du champion d’Europe Werner Günthör, sera à l’avenir employé à 50% par l’Ecole Fédérale de Gymnastique et des Sports de Macolin. La Fédération Suisse d’Athlétisme a obtenu un accord de l’E.F.G.S. dans ce sens afin de permettre au Neuchâtelois d’assumer totalement son rôle auprès de Günthör. Jusqu’à fin 1988, Egger travaillera à 50% pour l’E.F.G.S. et à 50% pour la F.S.A. Une solution optimale, puisqu’elle permettra à Jean-Pierre Egger de pouvoir se consacrer encore mieux à l’ensemble de l’équipe nationale des lanceurs. Si elle n’avait pu être trouvée, l’avenir du duo Egger-Günthör aurait risqué d’être remis en cause.
La saison 1987 en plein air de Werner débute comme d’habitude à l’occasion des championnats suisses interclubs, le 30 mai à Bâle. Contrairement à Markus Ryffel, qui préfère s’abstenir pour ne pas perturber sa préparation – ce qui n’est d’ailleurs pas du goût de tout le monde au ST Bern – Werner Günthör met sa force et sa classe au service de son club. Il se dit très fatigué parce que se trouvant toujours en période d’entraînement très intensif. Il pense donc ne pas faire une rentrée en fanfare comme ce fut le cas l’hiver dernier lors de son premier concours en salle (22,26 m, record du monde). Mais cette relative fatigue pourrait bien émousser son trop-plein de nervosité et, ceci compensant cela… Ceux qui l’ont vu la semaine précédente en démonstration à Sion, où en survêtement et sans efforts apparents il avait dépassé allègrement les 21,50 m, diront sans retenue que le champion d’Europe est en grande forme. C’est dans ce contexte qu’il arrive avec son club au stade St. Jakob de Bâle pour sa première compétition de la saison. Souffrant d’un genou, Werner Günthör démontre cependant une forme réjouissante. Après avoir réussi 21,09 m à sa première tentative, 21,91 m à la seconde et 21,09 m encore à la troisième, le poulain de Jean-Pierre Egger renonce sagement à poursuivre le concours pour préserver l’état de son genou. Deux jours plus tard, le Thurgovien fait d’ailleurs examiner son articulation – où s’est formée une poche d’eau – par le médecin de la Fédération, le Dr Segesser. Diagnostic du médecin : synovite du genou, soit une inflammation plus douloureuse que dangereuse, mais qui, sans que l’entraînement ni la compétition en pâtissent, demande d’être bien soignée. Quoi qu’il en soit, Werner est présent le 4 juin à Lucerne pour le meeting international. Une fois de plus cette réunion est perturbée par la pluie d’abord, puis d’un froid véritablement hors de saison. Cela ne l’empêche pourtant pas d’être brillant. En réussissant la quatrième performance mondiale de l’année avec 22,12 m lors de son troisième essai, il démontre, après ses 21,91 m des CSI, qu’il tient le haut du panier. Ne cherchant pas forcer, il signe sa performance en toute décontraction, comme tous ses autres jets, ce qui était le but de sa soirée. Sa série : 21,52 m, 21,06 m, 22,12 m, 21,12 m, 20,75 m et 21,05 m. Il s’explique : «Depuis ce printemps, j’ai choisi de me concentrer davantage sur le contrôle et l’harmonie du jet que sur la force. Cela semble me convenir. J’étais bien durant ce concours et le froid ne m’a pas trop gêné. Les 22 mètres ne font plus peur aux meilleurs lanceurs et je devrais, dès lors, pouvoir les dépasser à chacune de mes prochaines sorties, Lüdenscheid et Göteborg à la fin du mois, puis trois autres concours dans les pays Scandinaves».
La première de ces compétitions, le 18 juin à Lüdenscheid à l’occasion du match quadrangulaire Allemagne de l’Ouest – Hongrie – Suède – Suisse, permet de vérifier ces dires. Malgré une météo toujours un peu fraîche pour la saison, Werner Günthör signe l’une des plus belles séries de tous les temps. Parfaitement calme, il obtient d’entrée de concours un excellent 21,90 m; le ton est donné. Au deuxième essai, il est crédité d’un magnifique 22,31 m, ce qui lui permet de battre de 9 centimètres son record de Suisse, les fameux 22,22 m lui ayant valu le titre de champion d’Europe l’été dernier à Stuttgart. Il fait mieux, aussi, que son record du monde en salle situé à 22,26 m. Il reprend ensuite son souffle avec 21,63 m avant de réussir un nouveau lancer d’exception : 22,43 m, record national une fois encore et deuxième performance mondiale de année derrière les surprenants 22,52 m de l’Américain Brenner et quatrième performance mondiale de tous les temps ! Ses deux derniers jets du concours sont mesurés à 21,89 m et à 21,03 m. Avec ces 22,43 m, Werner Günthör n’est plus qu’à 21 centimètres du record au monde de l’Allemand de l’Est Udo Beyer, un record vers lequel le Suisse progresse irrésistiblement. Serein, heureux, Werner Günthör vient d’écrire une nouvelle page glorieuse de l’athlétisme helvétique. Vivement la suite, dans quinze jours à Göteborg. Vingt-quatre heures après les 21,97 m réussis par l’Italien Alessandro Andrei à Florence, il prend ainsi un avantage psychologique important dans l’optique des championnats du monde de Rome.
L’étape suivante passe par la Coupe d’Europe B, le 27 juin à Göteborg. Sans opposition, Werner Günthör livrera un nouveau bras de fer, mais à distance, face à Ulf Timmermann (21,72 m cette saison), Alessandro Andrei (22,17 m), Sergey Smirnov (21,41 m) et Remigius Machura (21,64 m), tous réunis à Prague pour la Coupe d’Europe A, ainsi qu’aux Américains John Brenner (22,52 m) et Gregg Tafralis (21,32 m), engagés dans le même temps aux championnats des États-Unis. Seul Udo Beyer (21,69 m) sera au repos. Esseulé à Göteborg, Werner gagne facilement le concours du poids avec 21,70 m, mais sans être à son meilleur niveau, selon son entraîneur Jean-Pierre Egger : «Il n’y avait aucune dynamique dans ses mouvements et, curieusement, il était moins détendu qu’en Allemagne. Peut-être en aurait-il été autrement s’il avait eu à repousser quelque concurrence, mais ce ne fut pas le cas. Cela dit, cette sortie n’a pas été inutile. Elle a démontré que Werner, même dans un jour moyen et sans réels adversaires, est capable d’être régulier entre 21,50 et 22,00 m, grosso modo». Témoin sa série, très homogène : 21,53 m, 21,70 m, 21,04 m, 21,62 m, 21,40 m et 21,62 m. De son côté, Werner Günthör déclare : «Ce concours m’aura fait du bien. Ne serait-ce que pour me convaincre qu’on ne lance pas le poids à 22 mètres et plus tous les jours, n’importe comment…». Günthör disputera deux concours la semaine prochaine à 24 heures d’intervalle : à Aarhus mercredi et à Helsinki jeudi, où il affrontera son grand rival Est-Allemand Timmermann. Ce dernier reste le grand vainqueur dans cet affrontement venant de tous les fronts lors de ce week-end, puisqu’il a réussi à Prague 22,01 m. Il devance Werner Günthör et ses 21,70 m de Göteborg, Alessandro Andrei, deuxième à Prague avec 21,46 m, John Brenner, vainqueur des Trials à San José avec 21,26 m, le Polonais Helmut Krieger, troisième à Prague avec 20,82 m, Gregg Tafralis dauphin de Brenner à San José avec 20,81 m et Sergey Smirnov, quatrième à Prague avec 20,74 m. Rarement le lancer du poids mondial n’aura été aussi passionnant à suivre.

Aarhus et Helsinki : deux concours à plus de 22 mètres en 24 heures !
Le 1er juillet, Werner Günthör se rend à Aarhus pour le premier de ses deux meetings scandinaves. Victime de problèmes intestinaux le matin-même de la compétition, le champion d’Europe fait pourtant preuve d’une constance impressionnante avec trois premiers essais excellents : 21,74 m, 22,18 m et 21,72 m. Lors de son lancer à 22,18 m, le troisième meilleur de sa carrière en plein air, le Suisse a été surpris de la facilité avec laquelle il a pu projeter son engin aussi loin. Voilà de quoi avoir l’esprit serein pour la compétition du lendemain à Helsinki, où il va retrouver ses adversaires préférés : Ulf Timmermann et Udo Beyer. La nuit de Werner est cependant assez courte car il a fallu plus de cinq heures pour se rendre d’Aarhus à Helsinki. Au cours du meeting du Grand Prix, suivi le 2 juillet par 22000 spectateurs, Günthör est néanmoins en grande forme. Il se porte au commandement dès son premier jet avec 21,27 m. Il s’en suit alors une série absolument fantastique, jamais vue dans l’Histoire du lancer du poids, avec pas moins de cinq jets au-delà des 22 mètres ! Il a réussi 22,04 m à son deuxième essai, puis 22,17 m au troisième. Galvanisé par tant de facilité, le Thurgovien parvient à canaliser toute sa force, sa vitesse et sa coordination lors de sa quatrième tentative pour expédier son poids à 22,47 m, soit un nouveau record suisse amélioré de 4 centimètres. Nullement déconcentré par son insolente réussite, il réussit encore deux jets très loin d’être anecdotiques : 22,28 m et 22,13 m. Ce quatrième essai à 22,47 m, absolument merveilleux, place Werner Günthör toujours au quatrième place de la hiérarchie mondiale de tous les temps derrière Udo Beyer (22,64 m), Ulf Timmermann (22,62 m) et l’Américain John Brenner, qui détient toujours la meilleure performance mondiale de la saison avec 22,52 m. Que retenir de ce concours incroyable d’Helsinki ? Sa série d’une densité jamais vue ou sa domination sur ses deux rivaux Est-Allemands, qui n’ont pas dépassé en Finlande les 22 mètres ? Certainement les deux car l’un ne va pas sans l’autre, forcément.
Le champion d’Europe ne rencontrera plus les deux Allemands de l’Est avant les championnats du monde de Rome. Sur le plan psychologique, il a donc marqué un point important à Helsinki, où il a conduit son concours avec une maestria étonnante, sur le plan technique notamment. Werner Günthör observe maintenant une pause d’un mois, une période qui va lui permettre de peaufiner sa forme en vue du rendez-vous mondial de Rome. Il fait donc l’impasse sur le meeting international de Berne, une compétition où il a l’habitude de briller. Dans le même temps, on pensait que le meeting du Grand Prix à Berlin-Est allait apporter des résultats probants. Mais il n’en a rien été puisque Timmermann a lancé à 21,65 m, Beyer à 20,70 m et Machura à 20,32 m. Dans le même esprit, Alessandro Andrei vient de lancer à 21,25 m à Formia et Sergey Smirnov à 21,24 m à Leningrad. À moins de deux mois des championnats du monde de Rome, les feux sont au vert pour Werner Günthör. Attention cependant à l’excès de confiance, mais aussi à la réaction des autres champions. La fin du mois d’août sera torride aux abords de l’aire de lancer du poids du stadio Olimpico de la Ville Éternelle.
Les championnats suisse simples ont lieu un mois plus à tard, les 7 et 8 août à Berne. Évidemment on ne peut parler de l’athlétisme helvétique sans parler de Werner Günthör. Le champion d’Europe du poids, qui vient de terminer une phase de préparation foncière en vue de Rome, n’a donc pas spécialement préparé cette compétition et lance au Neufeld sur sa forme du moment. Mais on sait que, libéré de toute contrainte, il est capable de tout… Disputée devant quelque 700 spectateurs seulement, Werner signe le samedi un exploit peu banal lors des qualifications : En effet, le défi avait été lancé par un amoureux des chiffres : atteindre le record du monde des qualifications. Est-ce un gag ? Eh bien non ! Dans un concours de qualification, le 23 juillet 1976 aux Jeux Olympiques de Montréal, c’est le Soviétique Aleksandr Baryschnikov qui, avec 21,32 m, avait lancé son engin le 7,260 kg le plus loin. Enjeu du défi : mettre un peu de piquant dans un concours où le champion d’Europe laisse son dauphin à près de 4 mètres et… un souper à lui et à son entraîneur Jean-Pierre Egger, dans un restaurant très sélect des environs de Lausanne. Tel Zorro, Günthör est arrivé sur l’aire de lancement; il s’est concentré un brin, a fléchi sur le genou et s’est détendu : 21,33 m, nouveau record du monde en qualification battu d’un petit centimètre. Qui osera dire que ce n’était pas calculé ? Un petit centimètre pour le plaisir… Le lendemain pour la finale, la concentration est un peu plus sérieuse. Il devient bien sûr champion suisse, ceci pour la septième fois d’affilée, avec un deuxième essai à 21,62 m. Ses autres meilleures tentatives sont mesurées à 21,44 m, 21,36 m et 21,34 m. Werner Günthör a maintenant les yeux fixés sur Rome. Alors que sa phase d’entraînement foncier n’est pas encore terminée, il a démontré à Berne une régularité impressionnante au-delà de 21 mètres, de sorte que, lorsqu’il aura retrouvé son maximum de vitesse et de détente, qui s’émousse toujours quelque peu avec le travail de force, il sera « mondial », c’est sûr ! Son chemin qui doit le mener à Rome passe par les bords du lac de Zurich. Mais avant les meetings de Rapperswil-Jona et de Zurich, il apprend le 12 août une nouvelle qui fait l’effet d’une bombe nucléaire dans le milieu : Alessandro Andrei devient l’homme le plus fort de la discipline en battant à Viareggio le record du monde, ceci même à trois reprises ! Alors que la référence mondiale était la propriété d’Udo Beyer avec 22,64 m, l’Italien se trouve en Toscane en véritable état de grâce en se faisant l’auteur d’une série prodigieuse avec ses six jets au-delà de la marque des 22 mètres ! Il commence par établir un nouveau record d’Italie à 22,19 m lors de son premier essai, qu’il améliore encore au deuxième jet avec 22,37 m. Complètement euphorique, le Florentin bat ensuite le record du monde d’Udo Beyer (22,64 m depuis le 20 août 1986 à Berlin-Est) avec 22,72 m lors de son troisième essai ! Mais cela ne lui suffit pas. Sa quatrième tentative va encore plus loin, à 22,84 m, mais elle n’est pas la meilleure du concours puisqu’au cinquième essai, son poids termine sa course dans l’herbe à 22,91 m ! Incroyable, l’Italien a donc réussi à battre trois fois de suite le record du monde. Mieux, il lâche une dernière tentative à 22,74 m qui dépasse une quatrième fois la marque de Beyer. Policier à Padoue, Alessandro Andrei, né le 3 janvier 1959 à Florence, s’était déjà signalé en 1984 avec un titre olympique conquis à Los Angeles, puis le 16 mai dernier avec un retentissant record national à 22,17 m. Le voilà désormais sur le toit du monde, à moins de trois semaines des championnats du monde qui auront lieu, qui plus est, devant son public. Il vient de marquer de nombreux points sur le plan psychologique. Mais la réaction de stupeur admirative, fort légitime, pourrait toutefois s’atténuer après quelques moments de réflexion. Jean-Pierre Egger est le premier à réagir : «J’ai de la peine à concevoir comment un athlète peut pareillement améliorer sa moyenne de base de plus de deux mètres». Dans ces conditions, Andrei aurait intérêt à confirmer au plus vite pour couper court à certaines supputations que ne manquera pas d’émettre le petit monde des lanceurs de poids. Même si l’Italien venait à s’imposer à Rome, ce qui est loin d’être évident. En effet, battre un record du monde, sans concurrence notable (il n’y avait que trois participants), en bénéficiant d’un ensemble de facteurs tous favorables est une chose. S’imposer au jour J, dans un championnat du monde, devant les meilleurs lanceurs de la planète en est une autre. Le contexte de la compétition et ses données psychologiques seront alors bien différentes. Évidemment, Andrei a déjà fourni la preuve de sa solidité morale, puisqu’il est champion olympique en titre. Mais à Los Angeles, les Soviétiques et surtout les Allemands de l’Est étaient absents. Et Werner Günthör n’était pas encore le lanceur de grand gabarit mondial tel qu’on le connaît actuellement. D’ailleurs, depuis son sacre de 1984, Andrei n’est que très rarement parvenu à s’imposer lors de grands rendez-vous à l’échelon continental ou planétaire. Comme en témoignent ses défaites de Stuttgart, de Liévin, ou plus récemment encore, des Jeux mondiaux en salle d’Indianapolis. Ainsi, malgré la qualité de sa performance d’hier, nous ne ferons pas de l’Italien notre favori N° 1 pour Rome. Dans notre optique (et cela dit sans pointe de chauvinisme aucun), Werner Günthör nous paraît toujours le plus apte à assumer ce rôle; en compagnie bien sûr de l’Allemand de l’Est Timmermann. Les propos de Jean-Jacques Besseaud sont tranchants, mais fort lucides. Oui Andrei sera porté par les Tifosi, qu’on sait pouvoir être très virulents envers les adversaires de leur préféré. La guerre a semble-t-il débuté avec ce concours de Viareggio.
Le 15 août à Rapperswil-Jona, Werner Günthör prend part au premier de ses deux concours d’avant championnats du monde. Le Thurgovien ne semble pas trop troublé par le récent exploit de l’Italien Alessandro Andrei. En tout cas, dans le cadre de l’inauguration du nouveau stade de Rapperswil-Jona, il lance le poids à 20,73 m. Une distance qui prend toute sa signification lorsque l’on sait que Günthör a utilisé pour cette démonstration un boulet de 8 kg, comme il a pu le faire par le passé en hiver à Macolin. Voilà de quoi brouiller les pistes de ses adversaires… tout en sachant exactement où il en est. Car en Suisse, on sait que Werner n’avait jamais lancé aussi loin avec un tel engin. La seconde étape, c’est bien sûr l’incontournable Weltklasse à Zurich qui se déroule le 19 août dans un stade du Letzigrund bondé. Le lancer du poids est largement décapité des meilleurs mondiaux. Engagé depuis de nombreuses semaines, Alessandro Andrei s’est logiquement désisté, ne voulant pas affronter Werner Günthör avant les Mondiaux. Quant aux Allemands de l’Est, leurs championnats nationaux débutent le lendemain. En l’absence de toute opposition, Werner Günthör n’en pas moins tenu à honorer son contrat. En franchissant à deux reprises la ligne des 22 mètres, le colosse helvétique a démontré qu’il avait parfaitement récupéré du choc créé une semaine plus tôt par l’Italien Alessandro Andrei. Et lorsque l’on sait que Günthör a planifié sa préparation en prévision du rendez-vous romain… Bien conseillé par Jean-Pierre Egger, Günthör est au-dessus des impatiences, sachant s’acheminer vers ce qu’il s’est donné pour but avec sagesse et méthode. Or, son objectif, ce n’est pas le Weltklasse, mais bien les championnats du monde de Rome dans quinze jours. Ce qu’il réalise au Letzigrund est donc un concours comme les autres dans sa phase de préparation et il est parfaitement égal lui-même avec 22,25 m et une bonne série à la clé : 21,74 m, 22,25 m, 20,91 m, 22,02 m, 21,89 m et 21,71 m. Un excellent test dix jours de Rome, d’autant qu’il ne s’estime pas encore tout fait au point sur le plan technique : «Je ne m’attendais pas à mieux car je n’ai pas encore tout fait réglé certains problèmes d’ordre technique, au niveau de la coordination des mouvements tout particulièrement. À dix jours des championnats du monde, je me situe exactement au même point qu’à dix jours des championnats d’Europe de Stuttgart et c’est à mon sens un bon élément de repère. Maintenant, je vais m’imposer encore deux entraînements durs, puis je m’appliquerai à peaufiner les derniers réglages». On l’a dit, Alessandro Andrei n’était pas au Letzigrund, mais il a beaucoup été question de lui dans les coulisses. On chuchotait même que son récent et formidable record du monde pourrait bien donner des cheveux blancs aux techniciens chargés de procéder à son homologation définitive. Les conditions dans lesquelles il a été établi, il y a une semaine à Viareggio, semblent en effet étranges dans la mesure où l’aire de lancer était surélevée par rapport la zone d’atterrissage, ce qui est bien entendu interdit par les règlements. Affaire suivre, bien sûr. Il faut cependant préciser que si Andrei a effectivement pu tirer quelque avantage des installations techniques mises à sa disposition, cela ne saurait discréditer totalement la valeur de son exploit. Jean-Pierre Egger, orfèvre en la discipline, estime en effet qu’il est difficile de chiffrer cet avantage, mais qu’il ne peut en aucun cas être important. On sera de toute façon très vite fixé sur la valeur réelle de l’Italien. La confrontation directe, il n’y a que ça pour juger la valeur d’un champion.

PAB

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