ATHLE.ch VINTAGE | HIGHLIGHTS 06.07.1969 | Lors des championnats suisses multiples à Liestal, Meta Antenen (LC Schaffhausen) réalise un véritable chef d'oeuvre qui débouche sur le record du monde du pentathlon avec 5'046 points !

La saison 1969 de l’athlétisme helvétique avait été qualifiée, à l’époque, d’année héroïque. Avant de passer en revue tous les événements de cette magnifique saison, ATHLE.ch VINTAGE a choisi de mettre en avant trois événements majeurs qui ont marqué les esprits et surtout les statistiques mondiales ! Le deuxième de ces exploits s’est déroulé le week-end des 5 et 6 juillet 1969 à Liestal, à l’occasion des championnats suisses multiples. Meta Antenen (LC Schaffhausen) a réussi un véritable chef-d’œuvre, ce qui lui a permis de battre le record du monde du pentathlon avec 5’046 points !

La première semaine de juillet 1969 a été marquante à plus d’un titre. L’équipage d’Apollo 11 est en train d’effectuer les derniers préparatifs avant leur incroyable mission de la conquête lunaire. En musique, les Beatles sont N° 1 avec la chanson « The Ballad Of John And Yoko » et se trouvent aux studios d’EMI à Londres pour finir d’enregistrer ce qui sera hélas leur dernier album : « Abbey Road ». Non loin de là, à Hyde Park, les Rolling Stones sont en concert devant 250’000 personnes et pleurent leur guitariste Brian Jones, retrouvé mort dans sa piscine deux jours plus tôt ! En sport, pour son premier Tour de France, le Belge Eddy Merckx vient de s’emparer du maillot jaune à Divonne-les Bains et il va ensuite réaliser des courses d’anthologie pour le conserver jusqu’à Paris. En tennis, la finale du tournoi de Wimbledon met aux prises les Australiens John Newcombe et Rod Laver. La victoire revient à ce dernier en quatre sets très serrés (6-4, 5-7, 6-4, 6-4). En F1, Jackie Stewart s’impose au Grand Prix de France et se détache de manière décisive pour glaner ce qui sera le premier de ses trois titres de champion du monde. En Suisse, pour une fois c’est l’athlétisme qui va défrayer la chronique sportive, et plutôt deux fois qu’une ! Ce fut tout d’abord le vendredi 4 juillet 1969 à Zurich où a eu lieu le traditionnel meeting international. Comme d’habitude de nombreuses stars mondiales se sont déplacées au stade du Letzigrund et c’est ainsi que les dix mille spectateurs ont pu admirer le champion olympique Willie Davenport (États-Unis) égaler le record du monde du 110 m haies en 13″2. Si belle soit-elle, cette performance ne fut pourtant pas l’apothéose de ce meeting car c’est bien le sprinter lausannois de vingt-trois ans Philippe Clerc (Stade Lausanne) qui a littéralement conquis le cœur du public zurichois. Il a d’abord égalé le record suisse du 100 m en 10″2, puis battu le record d’Europe du 200 m en 20″3 et enfin égalé avec ses camarades de l’équipe nationale le record suisse du 4 x 100 m en 40″2. Au sommet de son art, Philippe Clerc doit dès ce moment-là trouver la sérénité dans sa préparation en vue des championnats d’Europe d’Athènes, prévus à la mi-septembre 1969.

Meta Antenen, un pur talent
L’autre exploit helvétique de ce premier week-end de juillet s’est déroulé les 5 et 6 juillet 1969 à Liestal, à l’occasion des championnats suisses de pentathlon. À priori, ce doit être un petit championnat suisse réunissant les quelques athlètes féminines les plus complètes du pays. Sauf que la petite compétition helvétique a été le théâtre d’un exploit retentissant au niveau mondial d’une jeune athlète : Meta Antenen (LC Schaffhausen). A 20 ans, la pétillante blonde n’en est pas à son coup d’essai puisqu’elle est déjà détentrice de seize records nationaux. Mais c’est insuffisant pour elle, qui aspire à de plus grandes ambitions. Née à Schaffhouse le 7 avril 1949, Meta Antenen a été découverte par l’entraîneur schaffhousois Jack Müller. Cet ancien décathlète a pris sous sa coupe l’écolière de 11 ans en 1960. Il s’est appliqué dès lors à établir un programme de travail parfaitement adapté aux caractéristiques de son élève, sans jamais brûler les étapes. Meta se fait remarquer pour la première fois sur le plan international en 1966 à Budapest lors des championnats d’Europe; elle n’a alors que dix-sept ans. La même année, elle enlève à Odessa les titres européens juniors du pentathlon et du 80 m haies. Subjugués par tant de grâce et de talent, les journalistes suisses n’hésitent pas à la désigner « sportive suisse de l’année » ! En constante progression, elle prend part en 1968 aux Jeux Olympiques de Mexico où elle prend la huitième place du pentathlon. Avant cette compétition de Liestal, le palmarès de Meta Antenen comprend seize titres nationaux en élite : sur 100 m en 1965 et 1966, sur 80 m haies en 1965, 1966 et 1968, au saut en hauteur en 1965 et 1966, au saut en longueur en 1964, 1965 et 1966, au pentathlon de façon interrompue de 1965 à 1968 et sur 4 x 100 m en 1965 avec l’équipe du LC Schaffhausen pour un duel épique à Thoune face au LC Zürich.

Objectif record du monde pour Meta Antenen ?
A Liestal, elles ne sont qu’une quinzaine d’athlètes en lice pour ces championnats suisses de pentathlon des femmes. Il faut savoir la discipline vient de subir un lifting important puisque le 80 m haies a été supprimé du programme international au profit du 100 m haies. Ainsi le pentathlon féminin se déroule sur deux jours avec le 100 m haies, le lancer du poids et le saut en hauteur le premier jour, puis le saut en longueur et le 200 m la seconde journée. C’est l’excellente Heide Rosendahl (Allemagne de l’Ouest) qui a d’abord établi la première référence le 11 mai 1969 à Leverkusen avec 4’995 points. Elle a consolidé son total vingt jours plus tard à Heidelberg avec 5’023 points (13″6 – 13,26 m – 1,65 m / 6,21 m – 24″8). Ces informations ne sont à la base pas trop importantes. Cependant, au fur et à mesure que le week-end va avancer, tout le monde va vouloir connaître le détail de ce record mondial du pentathlon. Pour l’heure, au moment de l’échauffement des concurrentes, il n’y a pas la grande foule le long des barrières du Liestaler Gitterli. Meta Antenen, comme à son habitude très concentrée, refait ses gammes sur les haies, d’abord de côté, puis de face. Elle se sent en bonne forme, mais elle doit également constater que le vent souffle de manière défavorable dans la ligne droite. Peu importe, Meta y va, quoi qu’il arrive, toujours à fond. Depuis de nombreuses années, elle a la grande chance de pouvoir compter sur la concurrence de très bonne valeur d’Elisabeth Waldburger (LC Zürich). Les deux athlètes sont de solides jeunes femmes, pétries de talent et de tempérament. Et une fois de plus à Liestal, la course de haies a été de toute beauté avec un départ en boulet de canon de Meta, que sa rivale a réussi à contrer. Plus sûre de sa technique, la Schaffhousoise se détache sur la fin et termine son 100 m haies en 13″5, à un dixième de son record suisse, ceci malgré un vent contraire de -2,3 m/s ! Ce n’est certainement pas trop présomptueux de dire que par temps calme, le record suisse aurait volé en éclats. Avec ses bons 14″1, Waldburger a égalisé sa meilleure performance de la saison. Malgré de mauvaises conditions de vent, ce pentathlon est tout de même rudement bien parti pour Meta Antenen, avec un dixième de mieux que le record du monde. Mais pas de joies trop hâtives car il est venu le temps pour elle de manger son pain noir. En effet, avec ses 1,68 m et ses 56 kg, elle n’a pas vraiment le profil d’une lanceuse de poids. Elle va tout de même réussir à limiter les dégâts en améliorant son record personnel de vingt-cinq centimètres avec 11,28 m. Auteur d’un très bon 13,09 m, la Zurichoise Elisabeth Waldburger a désormais pris la tête dans ce championnat suisse de pentathlon, avec trente-six points d’avance. Dans son duel à distance avec Heide Rosendahl, Meta Antenen a quand même pris là une sacrée grosse mine face aux 13,26 m de sa rivale Allemande.

Un nouvel atout au saut en hauteur
Le poids n’a pas été compétitif, mais tout cela est en connaissance de cause pour Jack Müller, l’entraîneur de la Schaffhousoise. Il sait que sa protégée possède un bel atout pour la prochaine épreuve, le saut en hauteur. Spectateur très attentif lors des Jeux Olympiques 1968 à Mexico, Jack n’est de loin pas resté insensible aux événements qui se sont produits lors de la finale du saut en hauteur. Il a étudié sous toutes les coutures le style du nouveau champion olympique Dick Fosbury (États-Unis). Immédiatement convaincu que cela pourrait aussi être un style pour les femmes, il va l’inculquer dès son retour en Suisse. Et effectivement le Fosbury flop a conquis les jeunes sauteuses dès la mi-novembre. C’est René Maurer, l’ancien recordman suisse (2,07 m en 1966), qui a démontré ce style très habilement lors d’un cours à Macolin et les filles présentes étaient après quelques sauts et en survêtement déjà au niveau de leur propre record personnel ! Meta Antenen a vite fait de s’approprier les rudiments de cette nouvelle technique. C’est avec un record personnel à 1,64 m (en ciseau) qu’elle se présente sur le sautoir de Liestal. En prenant ses marques, elle s’aperçoit qu’un public désormais assez nombreux va suivre ce concours du saut en hauteur, avec un enthousiasme débordant. En invitées, les deux meilleures sauteuses helvétiques sont également de la partie; il s’agit de Trix Rechner (GG Bern) qui a battu le record suisse le 25 mai 1969 à Merano avec 1,77 m et Bea Graber (LC Winterthur) qui vient de placer son record à 1,73 m la semaine précédente. Elles sont censées pousser les deux pentathloniennes vers de nouvelles sphères. La démarche a souri à Elisabeth Waldburger qui a atteint un nouveau record personnel avec 1,57 m. Trix Rechner était un peu fatiguée suite à deux compétitions à Prague et à Zurich, mais elle a tout de même pu accompagner un bon moment Meta Antenen, qui elle était soigneusement préparée pour Liestal. Elle a d’ailleurs bondi comme jamais, sous les encouragements du public. Elle touche coup sur coup à de nouveaux sommets avec 1,65 m, puis 1,68 m et même 1,71 m, tous franchis au premier essai. En pulvérisant son record personnel de sept centimètres, elle s’est parfaitement relancée. Cependant sur les conseils de son entraîneur, elle n’a pas tenté la barre suivante à 1,74 m, ceci dans le but de préserver les réserves de force requises pour le deuxième jour de la compétition. Avec 2’980 points pour Meta et 2’872 points pour Elisabeth Waldburger, les objectifs sont atteints pour les deux jeunes femmes. La Schaffhousoise est revenue plus que jamais dans la course au record du monde. Quant à la Zurichoise, elle a pour l’instant géré correctement son plan de marche pour obtenir les minimas pour les championnats d’Europe à Athènes. Elle devra réussir le lendemain un saut proche des six mètres et courir le 200 m au niveau du record suisse pour parvenir à ses fins.

Une soirée un peu agitée
Le clan Antenen / Müller, accompagné de Trix Rechner et de Thomas Wieser, s’est ensuite retiré à l’extérieur de Liestal, dans l’hôtel d’un ami de Jack situé au milieu d’une forêt. De magnifique et tellement calme, cette paix a ensuite été perturbée par une fête de mariage. Après quelques heures de chahut, les festivités ont enfin cessé. Seuls quelques hommes un peu éméchés sont restés à faire du bruit sous la fenêtre de Meta et de Trix. C’est devenu trop fort de café pour ces deux femmes vraiment fatiguées. Meta a eu l’idée de remplir un verre avec de l’eau et a demandé à Trix : «Est-ce que je peux» ? «Oui», a répondu la Bernoise. Et presque au même moment, une petite trombe d’eau a jailli en contre-bas et a aspergé les Messieurs d’un coup direct. L’une des victimes a maudit et crié de manière véhémente : c’était le patron de l’hôtel ! Le coup a cependant bien marché car il y a maintenant un doux silence. Les deux « coupables » ont pu rapidement s’endormir, tout en ayant pris soins de verrouiller et de barricader la porte de leur chambre. Le lendemain au petit-déjeuner, les deux athlètes s’attendent évidemment à une réprimande, mais le patron a été cool et tolérant. L’histoire ne le dit pas, mais il est probable que Jack Müller a dû parler avec son ami pour étouffer le méfait.

Un saut en longueur record
La deuxième journée du pentathlon reprend avec le saut en longueur, la discipline de parade de Meta. Détentrice du record suisse avec ses 6,30 m réalisés à Mexico, Meta a de quoi marquer de gros points dans sa lutte face au total de Rosendahl. À cela près que l’Allemande est également une bonne sauteuse en longueur. Les nouvelles du soir et les journaux du dimanche ont largement relayé ce qui était en train de se passer à Liestal, tant et si bien que la foule, composée de spécialistes mais aussi de profanes et de curieux sont venus voir sur place qui était cette Meta Antenen. Ils en ont eu pour leur compte dès le premier essai avec une belle entrée en matière mesurée à 6,28 m. C’est sept centimètres de mieux que le saut de Rosendahl à Heidelberg, mais ce n’est pas fini. Meta se concentre à nouveau longuement en bout de la piste, puis entame la course d’élan de son deuxième essai. L’appel, précis, claque sur la planche et l’envolée est cette fois-ci magistrale. Le public crie car il a vu que le saut est allé très loin. C’est le cas car le préposé à la mesure indique 6,49 m ! Un juge-arbitre doit venir tout de suite remesurer la marque car il s’agit bien là d’un nouveau record suisse, battu de dix-neuf centimètres. C’est l’allégresse autour du sautoir. 6,49 m, mais c’est une des meilleures performances mondiales de l’année ! Déterminée à faire mieux encore, Meta remet les gaz pour une ultime tentative, qui est mesurée à 6,33 m, soit encore une fois au-delà de son ancien record suisse de Mexico. Le coup est fantastique car la blonde Schaffhousoise possède désormais cinq points d’avance sur le record d’Heide Rosendahl. Même les plus sceptiques s’attendent à présent à une amélioration du record mondial. Dans l’ombre, Elisabeth Waldburger a bien géré son affaire avec une performance de 5,90 m qui la laisse toujours dans la course aux minimas pour les championnats d’Europe.

Courir le 200 m en 24″8 pour s’approprier le record du monde du pentathlon !
Le bouche à oreille a bien fonctionné en ce dimanche après-midi, puisqu’il y a maintenant 1200 spectateurs dans le Liestaler Gitterli. Chacun veut être témoin d’un record du monde; c’est en tout cas ce qui se trame dans le chef-lieu de Bâle-Campagne. Mais entre le désir du grand public et l’état de forme d’une athlète, il y a tout de même un monde d’écart que seuls les spécialistes savent apprécier. Les données sont pourtant très claires : Meta Antenen, qui possède un record personnel à 24″9, doit courir au moins en 24″8 si elle veut s’approprier le record du monde du pentathlon. Elle sera en cela bien aidée par Waldburger car elle est bien meilleure sprinteuse. La Zurichoise va pourtant créer deux faux-départs et ainsi augmenter la tension déjà bien haute. Néanmoins, dans un calme éolien absolu et sous un soleil radieux, Meta a très bien réussi son troisième départ. Dans le virage, la puissance d’Elisabeth entraîne les deux jeunes femmes dans un magnifique duel. La logique a été respectée avec la victoire de Waldburger, mais la Schaffhousoise est parvenue à tenir le rythme dans la ligne droite. Les chronométreurs, au nombre de trois par athlètes, sont unanimes : 24″4 pour la Zurichoise et… 24″6 pour Meta Antenen. Ça y est, le record du monde du pentathlon féminin est désormais sa propriété avec 5’046 points, soit vingt-trois unités de mieux que le total d’Heide Rosendahl. Il convient d’associer sa rivale Elisabeth Waldburger qui a elle aussi réalisé un pentathlon de classe internationale. En égalant le record suisse du 200 m, elle a non seulement donné le bon tempo à Meta Antenen, mais surtout réussi dans son entreprise avec un total de 4’825 points qui satisfait aux minimas exigés pour sa participation aux championnats d’Europe à Athènes. C’est la liesse sur le Gitterli ! Immédiatement après la course du 200 m, Meta a déclaré : «Je suis toujours à bout de souffle et je veux juste prendre une douche. Cette compétition de Liestal a été fantastique, le public tout simplement fantastique». Et quelques minutes plus tard : «Je suis satisfaite de mon record du monde, mais je sais que le record du monde du pentathlon est encore très jeune. Chaque jour, d’autres peuvent surpasser mon total».

En parlant de record du monde, Meta Antenen est aussi devenue la deuxième recordwoman helvétique. La pionnière en la matière fut Ilsebill Pfenning (SA Lugano), qui avait battu le 27 juillet 1941 à Lugano le record du monde du saut en hauteur avec un bond à 1,66 m. Enfin en vue des championnats d’Europe à Athènes, Meta a envoyé un message clair à ses rivales car sa prestation de Liestal a certes été solide, mais pas idéale non plus. La concurrence promet pourtant d’être féroce en septembre prochain au stade Karaïskaki d’Athènes, avec notamment l’Autrichienne Liese Prokop.

PAB

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Vidéo

Le record du monde du pentathlon de Meta Antenen à Liestal.

 

Highlights

DateAthlèteDisciplineÉvénementSitePDF
27.09.1969Sieglinde AmmannLongueurMeilleure perf mondiale de l'année
20.09.1969Philippe Clerc200 mChampion d'Europe
17.09.1969Meta AntenenPentathlonVice-championne d'Europe
17.09.1969Philippe Clerc100 mMédaille de bronze européenne
06.07.1969Meta AntenenPentathlonRecord du monde
04.07.1969Philippe Clerc200 mRecord d'Europe

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