Fancy Bears | Le dopage autorisé dévoilé Dopage | Depuis quelques jours, Fancy Bears, une équipe de pirates informatiques, prétendument russe, dévoile une série de noms de sportifs, certains très fameux, au bénéfice d’autorisations d’usage de produits interdits à des fins thérapeutiques (AUT). Côté athlétisme, les noms de Mo Farah (GBR) et Dimitri Bascou (FRA) viennent de tomber. L’affaire met le doigt sur une immense problématique du sport de haut niveau, à ce jour passée sous silence.

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Les cyberpirates Fancy Bears révèlent ces jours des données antidopage extraites du site de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Elles concernent déjà pas moins de 66 athlètes olympiques ayant bénéficié, ces dernières années, d’autorisations d’usage de substances interdites à des fins thérapeutiques (AUT).

« Nous continuons à exposer les informations concernant les athlètes qui ont reçu de la part de l’AMA la permission de se doper », écrivent les Fancy Bears sur leur site mêlant de manière inquiétante climat policier et monde d’oursons Walt Disney (site à découvrir ici). Leur message lutte pour un sport fair-play et propre, sans exception de dopage légalisé pour certains athlètes.

Dévoilement d’un dopage autorisé
Actes de vengeance russe ? La question n’est pas là. L’enjeu est de reconnaître la vérité en train de percer : il existe, dans le sport de haut niveau, un dopage autorisé. L’AMA octroie des AUT permettant à certains sportifs de se doper en toute légalité.

Selon le Règlement de l’AMA, les AUT n’ont certes pas le droit « d’augmenter de manière significative les performances », mais visent à parer à des problèmes de santé. La limite entre santé et maladie est cependant floue. Et le nombre d’AUT en augmentation vertigineuse. En jetant un œil sur le Rapport annuel de l’AMA, il s’avère que 1330 AUT ont été octroyées en 2015, contre 897 en 2014 et 636 en 2013. Les chiffres sont clairs : les sportifs de haut niveau sont de plus en plus malades.

20 AUT par année en Suisse
« La commission AUT d’Antidoping Suisse accorde 20 requêtes par année », indique Matthias Kamber, Directeur d’Antidoping Suisse à Andreas Babst dans la NZZ du 15 septembre dernier. Pour empêcher les abus, c’est une commission indépendante et non les médecins traitants qui prennent la décision. En France, 400 AUT sont délivrées chaque année, indique Xavier Bigard, Conseiller scientifique de l’Agence française de lutte contre le dopage à l’Express du 21 septembre. Chiffre étonnant vis-à-vis des 1330 AUT octroyées par année par l’AMA.

Délier les langues pour repenser et refonder le sport
Comme la majorité du monde journalistique, Babst déplore le dévoilement des Fancy Bears : « Par leurs publications, les hackers n’ont pas seulement mis les athlètes dans une lumière douteuse. Ils ont mis en ligne leurs maladies et données médicales. Or celles-ci ne regardent pas le grand public. »

Comme nous l’avons indiqué dans les 8e et 9e parties de notre dossier Spécial dopage, la seule solution pour trouver de nouvelles prises pour repenser et réglementer le sport face à la triche est selon nous de délier les langues. Etant donné que le secret médical, la fierté des sportifs et les mœurs coutumières ne le permettent pas, le hacking nous apparaît comme une aubaine.

Et si on nous dévoilait le nom des 20 athlètes suisses au bénéfice d’AUT ?

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3 Comments

  1. Quentin Dousse said:

    Quel serait le but de dévoiler le nom des 20 athlètes suisses avec AUT, sinon à les « jeter dans la marmite du dopage » alors qu’ils sont officiellement en règle avec le code? Intéressant d’avoir votre avis ATHLE.ch.

    • ATHLE.ch said:

      Ce que pointe Fancy Bears est l’existence (à ce jour passée sous silence) d’un « dopage légal »: des athlètes se font diagnostiquer malades dans le but d’améliorer les performances. ATHLE.ch défend un sport où chacun cherche avec ses possibilités naturelles (sa santé et ses maladies) à atteindre le plus haut niveau. Dévoiler le nom des athlètes au bénéfice d’AUT revient à indiquer qui joue à quel jeu.

  2. Juls said:

    Est-ce qu’un athlète de haut niveau souffrant d’asthme doit renoncer à sa carrière pour avoir le droit de se soigner convenablement en prenant un traitement que n’importe quel non-sportif prendrait mais qui est sur la liste de produits considérés dopants? Je pense que si un traitement vise à soigner une maladie avérée ou à en réduire les symptômes et qu’une AUT est attribuée, l’athlète devrait pouvoir en bénéficier librement. Et si du fait de l’absence de symptômes cet athlète est suffisamment en forme pour pratiquer son sport, même à haut niveau et sans mettre sa santé en danger, il n’y a pas de raison qu’on le lui interdise. Comme toujours, il y a les profiteurs qui trouvent le moyen d’obtenir des AUT non justifiées dans le seul but d’améliorer leurs performances « en toute légalité ». Là, c’est clair qu’il faudrait trouver des moyens d’agir contre cette corruption. Le nombre d’AUT délivrées en Suisse et de la monde m’étonne beaucoup: je l’aurais cru bien plus élevé. J’en déduis que les sportifs amateurs n’en demandent pas alors qu’ils souffrent des mêmes maladie et sont soumis aux mêmes règles que l’élite en ce qui concerne le dopage. Et pour conclure, avant qu’on en mette en doute ma neutralité, je précise que je ne suis ni dans la peau du sportif d’élite, ni dans celle de la personne devant se médiquer au quotidien et que c’est très bien ainsi.

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