Chronique | Covid-19 : notre rêve pour le Kenya, l’Ethiopie et l’Afrique entière COMMENTAIRE ATHLÉTIQUE-OPTIMISTE | Notre ex-athlète de conseiller fédéral Alain Berset le répète : « La lutte contre le virus est un marathon ». Et si – contre toute attente –, comme dans la redoutée épreuve en question, les Africains de l’Est tiraient le mieux leur épingle du jeu ?

Rôles inversés en ce début de mois d’avril : le Covid-19 met nos sociétés occidentales sens dessus dessous, alors que l’Afrique semble jusqu’alors relativement épargnée. « Depuis qu’ils savent que le virus se répand depuis l’Europe, ils nous appellent Corona », raconte Julien Wanders, depuis Iten, au Kenya (plus à lire ici). Mercredi, il détaillait dans « Le Quotdien » : « Le blanc (muzungu) qui a de l’argent, c’est maintenant le blanc qui a la maladie ».

Du côté de l’Occident, on prédit à l’Afrique les pires drames : « La lutte contre la propagation du Covid-19 rattrape l’Afrique où la pandémie pourrait avoir des conséquences dramatiques » lisait-on en début de mois sur le site de la RTS. Et si on avait tout faux ?

Bien sûr, une immense partie de la population africaine est fragilisée par la pauvreté ; bien sûr, les systèmes de santé du continent ne sont en rien comparables à nos énormes machines sanitaires. Mais comme en course à pied, les Africains possèdent des atouts qu’on peine à imaginer avec notre perspective.

Contact au quotidien avec la vie cruelle et tragique

Les études en tous genre sur la domination mondiale des coureurs des hauts-plateaux africains sur le demi-fond et le fond mondial se multiplient depuis 30 ans, avec des résultats de toutes sortes. Celles, pratiques, menées par Wanders sur lui-même depuis plus de 5 ans, avec des performances qui font grand bruit dans le monde du running, ouvre sur les conclusions suivantes : la génétique est marginale. Le mode de vie, la mentalité et le besoin de se sortir de la pauvreté extrême sont bien plus déterminants.

En contact quotidien avec la vie cruelle et tragique – la blessure, la maladie, la faim, la pauvreté, la mort, pour eux-mêmes et leurs proches –, les athlètes africains trouvent au fond d’eux la force de se transformer en extraterrestres de la course à pied. Cette absence de déconnexion d’avec la réalité de la terre pourrait aussi leur permettre de surmonter l’épreuve du Covid-19 avec moins de dommages que dans nos sociétés occidentales. Sans tomber dans nos travers de psychose collective et de survalorisation de la mortalité des personnes à risques.

Virus de nos sociétés occidentales ?

Le Covid-19 est-il un virus « occidental » ? Au moins deux éléments vont dans le sens d’une réponse positive :

1) En Europe, les morts du coronavirus sont âgés en moyenne de plus de 80 ans. Or, plus de 18% de la population européenne est âgée de plus de 65 ans (21% pour l’Italie), contre seulement… 2 à 3% en Afrique de l’Est. Les progrès de la médecine et les moyens investis en Europe ont permis de faire exploser l’espérance de vie, mais ont aussi contribué à créer une population « fragile », aujourd’hui victime hyper-majoritaire du virus.

2) Si ce sont les personnes (très) âgées qui meurent du virus, les lits de soins intensifs sont occupés par un autre type de population : « avant tout des hommes d’une soixantaine d’année, sédentaires, en surpoids et en hypertension », explique le Dr. Perrine Truong, chef de clinique aux urgences dans un grand hôpital romand. Des pathologies très largement liées à notre mode de vie et des luxes que la plupart du continent africain ne peut se payer.

Notre rêve pour le Kenya, l’Ethiopie et l’Afrique entière dans cette crise ? Qu’une fois l’orage passé, on se demande si le Covid-19 n’était pas simplement un révélateur de l’état de santé (ou de maladie) de nos sociétés occidentales.

Notre peur ? Que les gouvernements africains s’évertuent à appliquer à la lettre les recommandations occidentales (ONU en tête) pour lutter contre le virus au prix d’une ruine massive de leur population qu’elles n’ont pas les moyens – contrairement aux puissances occidentales – d’aider à se relever. Le drame du coronavirus en Afrique pourrait être celui-ci.

Retrouvez ici toutes nos réflexions critiques sur le Covid-19 en partenariat avec PHUSIS

 

 

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One Comment;

  1. DANGON said:

    C’est la première fois depuis le 17mars que j’apprends une bonne nouvelle : on peut réfléchir et choisir de savoir réfléchir.
    On peut accepter -comme je l’ai fait- le confinement par solidarité sociale proposée : « si vous ne restez pas chez vous vous mettez autrui en danger.. » Mais… attention. Sûr ? J’ai vu beaucoup trop de personnes souffrir de cet isolement imposé. Une fois de plus, les gens vulnérables, les invisibles mais vraiment les invisibles.
    J’ai apprécié le confinement car cela m’a mis en face de ce que je souhaite : réaliser un peu plus ce que la décroissance pourrait apporter. Réaliser qu’arrêter de se stresser socialement fait un bien fou.
    Alors,sortons, pour vivre en harmonie avec autrui. N’oublions pas cette leçon.
    Geneviève d’Espéraza, dans l’Aude.

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