ATHLE.ch VINTAGE | TIMELINE LES PIONNIERES DE L'ATHLETISME SUISSE / EPISODE 4 | La mise en place de l'athlétisme féminin en Suisse ressemble à une longue et sinueuse route. Longtemps ignoré voire même moqué, le mouvement a mis du temps à se développer. ATHLE.ch VINTAGE propose de revenir sur une période d'une quarantaine d'années - de 1921 à 1964 pour être précis - afin de dépoussiérer l'histoire plus ou moins oubliée de celles qui ont vécu les débuts de l'athlétisme en Suisse. Le quatrième des treize épisodes de cette saga est consacré aux derniers exploits d'un autre temps.

1924, année olympique… mais pour les hommes seulement. Après trois années successives, les Jeux Athlétiques Internationaux Féminins ne se déroulent pas en début de saison à Monte-Carlo, mais bien en août et à Londres. Pour patienter, un grand meeting féminin est mis sur pied à Paris. L’athlétisme constitue le plat de résistance de cette manifestation, dont le programme est complété par du cyclisme, de l’escrime, des démonstrations de gymnastique et même des matches de football. Un mois après les Jeux Olympiques de Paris et les exploits retentissants des Suisses Josef Imbach sur 400 m, Paul Martin sur 800 m et Willy Schärer sur 1500 m, les IVe Jeux Athlétiques Internationaux Féminins se tiennent le 4 août 1924 à Londres, avec la collaboration des journaux majeurs de l’époque : News Of The World, Sporting Life et Daily Mirror. Malheureusement, l’organisation est défaillante ce qui dessert la cause de l’athlétisme féminin. À Stamford Bridge, devant 25000 spectateurs, Louise Groslimond remporte à nouveau la médaille d’or au lancer du javelot des deux mains avec un total de 47,65 m annoncés comme étant un nouveau record du monde. Renseignements pris, il s’est avéré que les 48,64 m réussis l’an dernier par Louise lors du meeting d’Anvers n’avaient jamais été homologués, faute d’un protocole transmis en bonne et due forme. Elle a donc perdu son record mondial sur le tapis vert, mais à l’issue de cette journée, elle reste malgré tout la recordwoman du monde; c’est un juste retour des choses pour elle. Sa coéquipière Adrienne Kaenel s’illustre également dans ce concours en terminant au troisième rang avec le total de 43,19 m.


Les Suissesses aux IIe Jeux Athlétiques Internationaux Féminins en 1924 à Londres

En septembre de la même année, Adrienne Kaenel améliore encore deux records suisse à Genève : le 1000 m en 3’19″0 et le poids des deux mains avec un total de 15,45 m. Malgré ces succès internationaux de 1924, le mouvement athlétique féminin en Suisse s’endort doucement, ceci uniquement par le fait que la tentative d’une association menée uniquement par des femmes et d’associations exclusivement faites par des femmes avait échoué ! Le dernier exploit helvétique féminin de ces Années Folles (à tous les sens du terme), est à mettre au compte de Francesca Pianzola qui lance, le 18 octobre 1925 à Lausanne, son javelot plus loin que jamais en scellant le record du monde au total de 54,43 m (27,05 m avec la droite et 27,38 m avec la gauche). C’était le dernier acte de celle qu’on doit considérer comme étant LA pionnière de l’athlétisme féminin en Suisse. Désormais les javelots de 800 grammes sont abolis et remplacés par ceux de 600 grammes tels qu’on les connaît de nos jours. L’adhérence en queue de javelot a aussi disparu, au profit de la poignée centrale en corde. Toutes ces lanceuses de javelot « two-handed », dont les Suissesses en étaient les reines, sont ainsi tombées dans l’oubli, du jour au lendemain.

Le train de l’athlétisme mondial roule désormais sans les Suissesses
Sur le plan mondial, Alice Milliat est toujours omniprésente à la tête de la Fédération Sportive Féminine Internationale. Les IIe Jeux Mondiaux Féminins qui se disputent en 1926 à Göteborg lui permettent de faire une avancée déterminante en vue de ses objectifs suprêmes. Johannes Sigfrid Edström, le Président de l’I.A.A.F., assiste à cette compétition qui a lieu dans son pays natal et il doit reconnaître qu’un rapprochement entre l’I.A.A.F. et la F.S.F.I. est désormais possible, à condition que les règlements techniques soient harmonisés. C’est effectivement le cas et, en l’absence de Pierre de Coubertin (écarté des décisions au C.I.O.), les femmes sont autorisées pour la toute première fois à concourir aux Jeux Olympiques en 1928 à Amsterdam. Le programme féminin admis est composé de cinq épreuves : 100 m, 800 m, 4 x 100 m, hauteur et disque. Malheureusement le 800 m se passe très mal aux yeux des dirigeants. Néophytes, les coureuses répartissent mal leur effort et s’époumonent rapidement. Un journaliste sportif réputé de l’époque raconte que sur onze pauvres femmes, cinq ont abandonné et cinq se sont effondrées sur la ligne d’arrivée. En réalité, oui, quelques-unes se sont couchées à côté de la piste en fin de course, mais aucune n’a abandonné et aucune ne s’est écroulée d’épuisement. La gagnante, l’Allemande Lina Radke, a même établi le record du monde en 2’16″8. Hélas tout cela sert de prétexte pour dénoncer le danger de cette épreuve pour les femmes, ce qui va entraîner sa suppression pour les Jeux suivants. Le 800 m ne leur sera rendu qu’en 1960, à l’occasion des Jeux Olympiques de Rome. Néanmoins satisfaite des opérations, Alice Milliat continue d’organiser les Jeux Mondiaux Féminins en 1930 à Prague et en 1934 à Londres. Entre-deux, les Jeux Olympiques de 1932 à Los Angeles offrent une bien meilleure propagande, ceci grâce surtout à l’Américaine Mildred Didrikson, la première star de l’athlétisme mondial. En 1936, Alice Milliat est affectée par une maladie et souffre aussi des attaques incessantes contre sa stratégie. De plus les difficultés financières de la F.S.F.I., dont les subventions ont été coupées, signent sa disparition et donc l’arrêt définitif des Jeux Mondiaux Féminins. L’athlétisme international féminin est enfin sous le contrôle de l’I.A.A.F., ceci juste avant les Jeux Olympiques de 1936 à Berlin où neuf épreuves constituent le programme olympique féminin. Merci Alice Milliat, votre inlassable travail a atteint ses objectifs !

PAB

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Les pionnières de l'athlétisme suisse

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PreviewLes pionnières de l'athlétisme suisse
AccueilLes pionnières de l'athlétisme suisse
Episode 1Le contexte au début du XXe siècle
Episode 2Les premières compétitions en 1921
Episode 3 Des records du monde au javelot "two-handed"
Episode 4 Les derniers exploits d'un autre temps
Episode 5Tout doit être reconstruit
Episode 6Objectif championnats d'Europe 1938
Episode 7L'athlétisme continue pendant la guerre
Episode 8Le chef d'oeuvre d'Ilsebill Pfenning
Episode 9Perte d'élan durant les années '40
Episode 10Le règne des Bâloises durant les années '50
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