Oregon 2022 | Plein de visible qui brille – et beaucoup de caché qui gronde RETOUR | Les Mondiaux de Eugene 2022 se sont déroulés du 15 au 24 juillet dans le brillant nouveau Hayward Field, temple de Nike à Eugene, USA, « for sure one of the best place in the world ». Swiss Athletics était de la partie avec 25 athlètes, dont 3 Romands en individuel. La Fédération se réjouit d’une médaille et de 7 places dans le Top 8. ATHLE.ch de 8 places dans le Top 9. Non sans avoir entendu quelques grondements du caché sous le beautiful visible.

Photos : (c) ATHLE.ch

Après Pékin 2015, Londres 2017 et Doha 2019, le rideau est tombé dimanche sur Oregon 2022 : des joutes mondiales réussies, avec trois records du monde et une bonne ambiance tout au long des 10 jours de compétition dans un stade souvent bien rempli, mais où aucune session n’a réussi à vendre les quelque 12’600 sièges ouverts au public. De quoi quand même s’inquiéter de la popularité de notre sport aux Etats-Unis, où les grands sports de balles attirent des dizaines de milliers de fans plusieurs fois par semaine tout au long de l’année et dans tout le pays. Quoi qu’il en soit, le gratin mondial s’est rencontré dans « Track Town USA », ou « Track Town World », tant le fleuron de Nike se présente comme le cœur de la planète « athlétisme », dont les racines et les structures demeurent néanmoins terriblement européennes.

Vive les Etats-Unis, silence sur la Russie !

Le tout nouveau et clinquant Hayward Field (270 millions dépensés pour l’occasion) a permis à tous les spectateurs d’apprécier, par températures clémentes et confortablement assis dans des fauteuils ( !), la beauté de notre sport et… l’ultra-domination américaine. En tout, les hôtes ont récolté la bagatelle de 33 médailles, devant l’Ethiopie, la Jamaïque et le Kenya, qui suivent avec 10 breloques chacun. La Suisse pointe au 40e et dernier rang du tableau, grâce au bronze de Simon Ehammer. La très factuelle Fédération mondiale (World Athletics) se réjouit de ne jamais avoir distribué de titres à autant de nations. Et le traditionnel grand rival des USA dans chasse aux médailles, la Russie ? Et la Biélorussie ? Interdites de compétition, il n’en a jamais été question. Pas plus que des athlètes qui ont dû ronger leur frein et regarder leurs adversaires récolter les honneurs.

Les Etats-Unis ? « For sure one of the most beautiful country in the world », partageait pour le plus grand plaisir du public (américain) la championne du monde (jamaïcaine) du 100 m Shelly-Ann Fraser-Pryce. Avant toute une série de gloussements de satisfaction du genre « Yeaaaahh », « pritty right », « awsome », « lovely guys »… Quand un Américain gagne en finale, forcément, les gens s’exclament. Pas tant dans le sens « ah, c’est vraiment super, comme il/elle a fait », plutôt dans le sens « we’re soooo good ». Après un doublé, ou un triplé, la foule entonne un « U.S.A-U.S.A-U.S.A-U.S.A », 5-6 fois, avant de s’arrêter, sans arrogance, tant c’est une évidence.

Nike ? La marque (américaine) qui domine le marché (mondial) des chaussures. On en est même venu à oublier qu’Asics est à vrai dire le partenaire officiel de World Athletics. « Asics » (anima sana in corpore sano) que « Nike » (déesse de la victoire) avait jadis copié, du côté de Eugene, justement, pour fabriquer ses premières chaussures. Vérité qui reste volontiers dans l’ombre de celle de toute beauté, clarté sous l’égide du dieu dollar.

Track Town ? Oui ! A Eugene, il y a 8 stades, des « trails » et… des gens qui courent partout, à toute heure, tout âge, plutôt bien, volontiers torse nu, le matin, la journée, le soir. La course, pour eux, c’est un mode de vie, un art de vivre, un style : celui du populaire, un peu rebelle, qui vise, s’il fait bien, le haut niveau, le sien, d’abord. « In the mood of Pre (Steve Prefontaine, ndlr) ». Magnifique, à vrai dire. Sur les stades, on s’entraîne, se regarde, se parle, on sympathise, se mesure, seul et avec les autres. « One or two times a week I put my spikes on », nous a raconté un octogénaire élancé en train de lasser ses vieilles Nike. Non sans insister qu’elles étaient « without carbon », et jurer par tous les dieux qu’il ne se ferait jamais avoir, qu’il continuerait jusqu’à sa mort à savoir ce que valent ses chronos…

Ce que vivent les athlètes est inimaginable

Les athlètes en lice aux Mondiaux ? D’une présence incroyable, d’une densité athlétique exceptionnelle. Partout, dans le stade, aux alentours, en ville, dans les fauteuils et sur la piste. Sauf parfois sur le terrain d’échauffement. C’est terrible, tout à coup, on voit des grandes stars tourner en rond, se ronger les ongles, fébriles, tremblant avant d’embrasser leur staff et de disparaître dans la Call Room. Pour apparaître incomparables sur le stade, à faire les fanfarons devant les caméras.

Personne ne peut non plus imaginer la violence que représente une élimination, un échec. Après les séries, les demi-finales, la finale, en un instant, c’est fini, pour la moitié (séries), les deux tiers (demi-finales), 5 des 8 (finales) : les perdants sont conduits devant les stations de télévision, doivent raconter leur malheur, avant d’être ravalés dans les travées, vers les journalistes, puis s’effondrer sur le terrain d’échauffement, souvent seuls.

Personne ne peut non plus imaginer combien certaines des plus grandes stars, si fortes, si athlétiques, si belles, en compétitions, si brillantes, en vrai et à la télévision, lorsqu’elles sont acclamées par la foule, s’avère soudain, en zone mixte, frêles, fragiles, sous des tonnes de fard, à la Michael Jackson, qui cache ce qu’elles vivent, que les journalistes ne racontent pas tant c’est pas factuel…

8 places dans le Top 9 pour la Suisse

Swiss Athletics se réjouit de 7 places dans le Top 8, un résultat historique et prometteur pour l’avenir :

  • Simon Ehammer (bronze en longueur)
  • Mujinga Kambundji (5e sur 100 m)
  • Annik Kälin (6e à l’heptathlon)
  • Equipe suisse (7e du 4×100 m)
  • Mujinga Kambundji (8e sur 200 m)
  • Angelica Moser (8e à la perche)
  • Equipe suisse (8e du 4×400 m)

Nous ne pouvons nous retenir d’ajouter la 9e place sur 800 m de Lore Hoffmann (ATHLE.ch), la belle prestation de Sarah Atcho (Lausanne-Sports) en séries avec le relais de 4×100 m, la bonne première expérience internationale élite de Julien Bonvin (CA Sierre) sur 400 m haies (28e) et la déception de Loïc Gasch (US Yverdon/22e), qui a dû faire avec une blessure.

Les prochains Mondiaux ont lieu en juillet 2023 à Budapest. Auparavant, rendez-vous en meetings, puis du 15 au 21 août avec les stars romandes et suisses à l’Euro de Munich.

Lien vers notre Dossier Eugene 2022

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