Chronique | Minute, papillon REFLEXION | Courir après le chronomètre, en compétition, mais aussi tous les jours à l’entraînement. Voilà le quotidien de bons nombres d’athlètes. Et aussi leur limite ? Un coureur raconte sa libération – partielle – du chronomètre, vers le plaisir et la performance.

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Photo : (c) Pablo Cassina

3 minutes et 45 secondes pour 1500m. 1 minute par tour de piste. 15 secondes par 100 mètres. 24 kilomètres par heure : autant de jalons inscrits sur les cadrans superposés du chronomètre et de la piste d’athlétisme qui embrumaient mon esprit jusqu’à récemment. J’étais en effet obnubilé ces dernières saisons par un rêve fou : celui de calquer ma foulée sur l’avancée de l’aiguille des secondes. 1 minute par circonvolution, et pas une fraction de seconde de plus.

Je me voyais ainsi produire une symphonie parfaitement rythmée sur l’anneau de tartan. J’imaginais les éléments -ou plutôt leur absence – jouer en ma faveur, et les autres athlètes former avec moi un flux harmonieux, une course exempte de toute saccade. Cette attitude a petit à petit estompé dans ma course la part de vie et de spontanéité, et ce désir icarien de me rapprocher infiniment du chronomètre m’a brûlé les ailes : non seulement je n’ai pas pu réaliser le temps rêvé, mais je suis aussi resté longtemps en deçà de mon propre record.

C’est au cours de ce mois de juin, passé sur les hauteurs de St. Moritz, que j’ai enfin appris à lâcher cette obsession de précision mécanique pour retrouver une approche plus instinctive de la course à pied. Grâce notamment à l’état d’esprit insufflé dans ce camp d’entraînement par mes camarades Julien Wanders, Sylvester Kipchirchir, Julien Lyon et Simon Tesfay, mon leitmotiv est progressivement passé de « minute » à « papillon » : accepter de perdre en contrôle ce que je gagne en opportunisme.

Déjà plus relâché lors de quelques prometteuses séances d’entraînement, je suis parvenu en ce week-end de championnat à simultanément oublier et franchir la barrière fictive que je m’étais fixée comme ligne rouge. J’ai finalement été libéré des engrenages du chronomètre en réalisant que cette obsession de me transformer en aiguille des secondes ne pouvait être qu’illusion. Je suis redevenu coureur lorsque j’ai compris que je ne serai jamais trotteuse.

Thomas Gmür (CA Sion)
Récent médaillé d’argent du 1500 m aux Championnats suisses élite à Zurich

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